INTERVIEW

Harold Boisset

« Dans le saut d’obstacles, il faut avancer à son rythme et partir sur de bonnes bases »

Comment avez-vous débuté l’équitation ?

Mon père nous a inscrits, mon frère et moi. J’ai commencé à monter à cheval vers l’âge de 6 ans, ici-même au centre équestre de Grammont. J’ai toujours aimé le contact avec les animaux.

 

Vous ne faites « que » du saut d’obstacles ?

Oui. J’ai commencé par le complet (dressage, saut d’obstacle et le parcours de cross) mais il y a peu de terrains pour le complet dans la région, en raison de la nature des sols. Au fur et à mesure, je me suis orienté vers le saut d’obstacles. Mon dernier complet remonte à 2008.

 

Ça vous manque ?

Même si le complet est une belle discipline, ça demande une grosse préparation et le cheval peut tourner à moindre fréquence qu’au saut d’obstacles. Et puis la reprise de dressage n’était pas mon point fort.

Le saut d’obstacle est un travail d’orfèvre, et j’aime ça. A partir d’un certain niveau, les barres sont très légères, et techniquement il faut vraiment être au point.

 

Parlez-nous de Quolita : c’est une histoire d’amour entre vous et cette jument ?

Je n’irai pas jusque-là mais c’est une histoire très particulière. Quolita a un sacré caractère. Elle n’aime pas trop qu’on l’embête et moi qui suis son cavalier, je suis donc celui qui qui l’embête. Quolita mesure 1.53m au garrot, elle a sauté des parcours plus hauts qu’elle, d’1.60m. Peu de chevaux ont réalisé cet exploit. Quolita marque les gens qui la croisent sur les terrains de concours.

 

Est-ce qu’elle apprécie le saut d’obstacles ?

Oui, elle est toujours à fond, quelle que soit la hauteur ou l’échéance. C’est une jument qui est absolument incroyable ! Quolita est une guerrière. On ne sait pas d‘où lui vient cette force. Même nous qui la connaissons bien, nous sommes surpris : quand on la voit, on se dit qu’elle est dimensionnée pour apprendre aux enfants à monter à cheval plutôt que pour le haut niveau. Cette jument est comme une petite balle rebondissante, petite et compacte avec une détente incroyable. Et beaucoup d’énergie.

Pour un cheval ce qui peut être compliqué, c’est la répétition des choses. Un cheval peut accomplir des performances incroyables, mais plusieurs fois de suite, c’est plus rare. Cela se joue au niveau du mental, même pour un cheval. Si Quolita prenait conscience de son gabarit et de sa force, elle ne sauterait pas certains parcours. Elle est tellement folle qu’elle pourrait se jeter dans un parcours en feu ! D’autres chevaux, qui ont plus de force qu’elle, prennent moins de risques et restent prudents.

 

Vous serez directeur du Jumping International de Montpellier Occitanie pour la deuxième fois. Pour quelles raisons ?

Toute l’année, je participe à des concours 3* en France et en Europe. D’abord, c’est le seul évènement de cette envergure dans la région. Et puis en observant ce qu’il se passe, en écoutant les cavaliers, j’ai essayé de réaliser le meilleur programme sportif possible, le plus cohérent possible. Parfois, on se rend sur des concours qui propose de belles dotations mais qui sont mal réparties. Certaines épreuves qui ne représentent pas de gros enjeux sont bien dotées, et d’autres qui vont demander de très gros efforts, notamment les qualificatives au Grand Prix, sont mal dotées. Du coup, j’ai essayé de proposer un programme équilibré.

 

A quoi ressemble la vie d’un cavalier professionnel ?

De février à septembre, je pars en concours du jeudi au dimanche; cet été, en deux mois, j’ai passé trois jours chez moi. Mais j’adore ce que je fais, c’est ma passion et je mesure la chance que j’ai de faire ce que j’aime. Le temps passés et les horaires, je ne les compte pas.

J’avoue que physiquement c’est parfois fatiguant, psychologiquement aussi. C’est surtout difficile, quand il y a de moins bons résultats, on remet plein de choses en question. Il y a le cavalier, mais il y a aussi les chevaux, et forcément un manque de compréhension parfois. C’est là qu’il faut être attentif aux moindres détails, et cela demande beaucoup d’énergie. Psychologiquement, ça peut être stressant.

 

Quand ça ne va pas, c’est parfois aussi l’état du cavalier ?

Bien sûr. Dans ces moments durs, on s’interroge énormément. Les échecs servent aussi à ça. Il faut espacer les participations, s’entraîner davantage et revenir aux bases. Prendre le temps de préparer son concours, pour se sentir prêt et serein le jour J. Généralement, la compétition suivante se passe mieux.

 

Qu’est ce qui vous stimule encore aujourd’hui ?

Je suis un compétiteur dans l’âme. Ce que j’aime par-dessus tout c’est ça. Et il y a encore de nombreux podiums que je souhaite conquérir. Les coupes des nations, les championnats d’Europe, championnats du monde, les championnats olympiques. Ça me stimule et puis j’ai 30 ans, c’est un sport que l’on peut faire longtemps, encore pendant des dizaines d’années ! Je travaille dur tous les jours pour atteindre ces objectifs.

Le travail d’équipe est aussi stimulant. Ici dans le centre équestre de Grammont, petit à petit, nous sommes parvenus à monter une belle équipe, à monter une belle écurie et à trouver des partenaires.

 

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes cavaliers ?

Le travail. Il faut se donner du mal. Le club m’a donné ma chance. Il faut avoir « la moëlle », se regarder soi, avancer à son rythme et ne pas regarder les autres.
Partir avec de bonnes bases, à son rythme : pour certains il faudra un an, certains autres dix ans mais avec de la persévérance, il est possible de se surpasser. Et puis bien sûr arriver à conjuguer l’équitation et les études. Tout cela est possible !

 

Toutes les interviews des cavaliers >>